BâleUn demi-litre de bière par jour aux patients des soins intensifs
À l'Hôpital universitaire de Bâle, une étude tente de déterminer si l'alcool peut prévenir le délire. Un phénomène qui augmente le risque de mortalité.


L'étude sera menée jusqu'en 2027. (Photo d'illustration).
PixabayUn demi-litre de bière administré quotidiennement par sonde gastrique, et pendant six jours d'affilée, c'est le traitement spécial qui attend certains patients des soins intensifs de l'Hôpital universitaire de Bâle. L'idée peut paraître saugrenue, mais c'est une étude tout à fait sérieuse qui est menée jusqu'en 2027. Et avec une bière bio fournie par un brasseur du coin, s'il vous plaît!
Le but: calmer les patients et tenter de prévenir le délire. Ce phénomène n'est en effet pas rare dans le service et celui-ci augmente les risques de mortalité. En outre, un patient désorienté, qui a des hallucinations, peut représenter une lourde charge pour le personnel soignant. De quoi prolonger aussi la durée des séjours et alourdir les frais médicaux. «L'origine des délires est multifactorielle. Actuellement, on discute de cinq mécanismes pathologiques, qui sont probablement tous imbriqués», et notamment liés à des perturbations dans le cerveau, déclare Martin Siegemund, médecin-chef de l'unité de soins intensifs.
Des cobayes l'ont déjà testée
Ce dernier explique que, de base, la dose de bière est destinée aux patients qui boivent régulièrement de petites quantités d'alcool (de 1 à 2 dl par jour). Mais lorsque l'hôpital ignore si la personne fait partie de cette catégorie, dans le doute, on lui administre la même dose de bière. Les premiers cobayes l'ont reçue en avril 2023 et, à ce jour, 17 personnes ont participé à l'étude. Le plan en vise désormais 25 par an. Le médecin précise que les personnes de confession musulmane et les anciens alcooliques, aujourd'hui abstinents, sont exclus de l'étude.
«C'est peu comparé aux sédatifs»
Mais ne craint-on pas l'ivresse aux soins intensifs? «Pour une personne de 50 kg, cela représente environ 0,14 pour mille. C'est très peu par rapport aux autres médicaments sédatifs que nous devons administrer aux patients», conclut le médecin-chef. Ce dernier ne peut toutefois pas en dire plus sur les résultats déjà récoltés. Pour rappel, l'hôpital bâlois fait également des recherches sur l'impact du LSD chez les personnes souffrant de fortes angoisses.
Mauvaise idée, selon un addictologue
Perfuser de l'alcool pur pour prévenir le delirium, cela se faisait il y a 30 ans ou 40 ans, se souvient Jean-Bernard Daeppen, chef du service de médecine des addictions au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne. En s'intéressant à cette étude, ce dernier adopte un regard critique. «Parmi les patients qui font des déliriums, il y a probablement une proportion importante qui souffre d’une dépendance à l'alcool. En leur administrant de la bière, on évite le sevrage qu’on aurait pu anticiper avec des benzodiazépines. L'hospitalisation est un moment opportun pour dépister et traiter la dépendance.» L'addictologue ajoute: «L'étude semble aussi exposer des patients qui ne consomment pas d'alcool, ce qui représente une prise de risque inappropriée.»
Donner de la bière aux patients, vous en pensez quoi?
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