Camélia Jordana«Les personnes qui comptaient pour moi sont toujours là»
Camélia Jordana incarne un fantôme dans «Les Tempêtes», un rôle lié à ses origines algériennes.

Camelia Jordana sur le tapis rouge du Festival international du film de Marrakech, le 3 décembre 2024.
IMAGO/BestimageCamélia Jordana jongle entre musique, cinéma et télévision, tambour battant. Dans «Les Tempêtes», l’actrice et chanteuse française d'origine algérienne de 32 ans incarne une revenante nommée Fajar. Assassinée pendant la guerre civile qui a déchiré son pays, la jeune femme réapparaît dans la vie de son mari, alors qu’une mystérieuse poussière jaune tombe du ciel. Nous l’avons rencontrée lors du Festival international du film de Marrakech, où le long métrage était en compétition.
Qu'est-ce qui vous a séduite dans ce film émouvant qui parle de deuil, de fantômes et de la décennie noire en Algérie?
J’ai été très touchée que les années noires prennent cette place-là dans cette histoire et intriguée par l’idée de jouer un fantôme. J’ai considéré mon personnage plutôt comme une femme qui revient à l’homme qu’elle aime et fait un bilan de sa vie. Le film aborde des thèmes universels: le deuil, la mémoire, la question de ce qu’on fait de nos morts et comment on choisit d'être accompagnés par eux. Mais il s’intéresse aussi à la réconciliation d’une nation, d’un peuple. Je n’avais jamais vu les années noires abordées avec cet onirisme, cette poésie et cette pudeur.
Vous êtes petite-fille d’immigrés algériens. Vos parents évoquaient-ils la guerre civile quand vous étiez enfant?
J’ai réalisé récemment que mes parents nous avaient emmenés en Algérie, ma grande sœur et moi, pendant les années noires, pour le mariage de notre oncle. J’ai le souvenir d’un peuple libre qui célébrait, pas qui subissait ces années-là. J'ai donc été très épargnée parce que nous n’avons subi aucune attaque ni été témoins de violence. Évidemment, comme je suis née en France, je n’ai pas vu cette période de mes yeux. Par ailleurs, ce n’est pas une histoire qu'on nous a enseignée.
Que vous inspire le thème du deuil?
On ne se remet jamais vraiment de perdre ceux qu'on a aimés. Les personnes qui comptaient et m’étaient vraiment chères sont toujours là pour moi. Elles apparaissent dans ma vie et viennent me saluer, m'embrasser. Je leur parle et les sollicite. Se souvenir de ces gens-là les fait vivre. Faire son deuil pour moi, c’est accepter de donner cette nouvelle place aux êtres disparus.
Comment choisissez-vous vos rôles, à l’instinct?
Comme je suis musicienne et productrice, je suis en mode créatif permanent. Je fais travailler des dizaines de personnes pour mon propre projet musical. Le temps que j'accorde à un film, c'est du temps que je ne consacre pas à ma musique. Si j’accepte un rôle, c'est parce que j’y tiens absolument. Quand il s’agit d’un premier film, je me fie à mon instinct et ma rencontre avec le ou la jeune cinéaste. Avec les réalisateurs et réalisatrices établis, c’est toujours une question de scénario.
Votre filmographie est très variée.
C’est un peu comme avec la musique. Comme j’ai débuté dans une émission télé populaire, j'ai voulu travailler très vite avec des artistes indépendants, plus underground. Ma musique aussi est très variée, il y a à boire et à manger. J’adore voir des chéries trop mignonnes qui me suivent depuis «Nouvelle Star» au premier rang d'un festival de jazz indé en train de passer un super moment. J'ai très envie aussi que le public qui vient me voir dans une comédie de Noémie Saglio puisse s'intéresser aux «Tempêtes» ou à la série «Irrésistible» sur Disney+. Cela m’amuse de changer de style et de tête à chaque fois.
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