En IrakCondamnés à mort, ils se «confessent» à la télé
L'émission «Dans les griffes de la loi» met en scène depuis 2013 des jihadistes de l'EI et organise des rencontres avec des proches de victimes. Et ça cartonne.

L'ambiance se veut celle d'un bureau de détectives dans les années 1920 aux États-Unis. «Le décor est important pour attirer l'audience», assure le producteur Rami Ahmad al-Lami.
Capture d'écranEn Irak, terrorisée par le groupe État islamique (EI), «Dans les griffes de la loi» diffuse, à une heure de grande écoute, des images, parfois insoutenables, des crimes attribués à celui qui va être interrogé, menotté et vêtu d'une tunique orange ou jaune. Ahmad Hassan, 36 ans, présente l'émission depuis fin 2013 sur la chaîne officielle Iraqiya. Son émission fête son 150e numéro et elle n'est pas près de s'arrêter.
Cela commence toujours pas des images choc, comme la photo d'une cinquantaine de membres de la tribu d'Abou Nimr gisant dans une mare de sang. Puis apparaît l'un des meurtriers condamnés, Mithaq Hamid Hekmet, 41 ans, qui raconte le massacre en détail et donne les noms de ceux qui y ont participé. D'autres vidéos tournées par l'EI montrent l'attaque d'une bijouterie, des attentats, un camion bourré de 750 kg d'explosifs, l'exécution au pistolet de six hommes en tunique orange agenouillés sur une place, ou des rapts. Dans la plupart des émissions, les coupables se rendent sur place pour la reconstitution.
«Décor des années 1920»
L'ambiance se veut celle d'un bureau de détectives dans les années 1920 aux États-Unis avec un bureau en acajou, un portemanteau, un meuble rempli de classeurs, des cartes de Bagdad et les photos des coupables du jour. «Le décor est important pour attirer l'audience», assure le producteur Rami Ahmad al-Lami. Ahmad Hassan assure que les condamnés participent «volontairement» à son émission et savent que cela ne leur donne aucune chance de voir leur peine réduite.
Les moments les plus poignants sont les rencontres sur le terrain entre les mères de victimes et les meurtriers. «Pourquoi avez-vous tué mes deux fils? Ils étaient vos amis. Pourquoi avoir détruit ma famille?», demande cette femme tout en noir face aux trois hommes qui baissent la tête. Ses deux fils étaient officiers de police. Ahmad Hassan se défend: «Les interviews sont conformes aux droits de l'homme».
(L'essentiel/AFP)