Bande dessinéeCorto Maltese face aux prémices d'un effondrement
Le célèbre marin nous entraîne dans le Berlin des années 1920, dans ce nouvel opus signé par le duo Pellejero – Canales.


Les aventures de Corto Maltese sont toujours rythmées.
CastermanC'est un quatrième opus assez sombre et aux allures de roman noir que signe la paire Rubén Pellejero - Juan Dias Canales, nous remettant sur les traces d'un Corto Maltese toujours libre, insondable, cynique... et donc fidèle à son créateur Hugo Pratt. S'il préfère habituellement la houle et le large du Pacifique, l'amitié – l’une des rares valeurs sociales auxquelles il accorde encore de l'importance – le fait de revenir sur terre dans le Berlin effervescent du début des années 1920, histoire de rendre visite à un vieil ami, le professeur Jeremiah Steiner, dont il fut notamment question dans l'album «Les Helvétiques», de Pratt.
Vivante et tourmentée à la fois, la capitale allemande voit la fragile République de Weimar de plus en plus secouée et malmenée par des mouvances dont la démocratie est loin d'être le pilier fondamental. Si les communistes ont leurs partisans, ce sont les partis et groupuscules d'extrême droite qui battent le pavé et hésitent de moins en moins à éliminer les esprits éclairés qui tentent de s'opposer à leur ascension.

Le professeur Steiner fait partie de ces derniers et sa disparition ne laisse évidemment pas indifférent un Corto Maltese décidé à venger son ami, mais qui peine à avancer dans ce magma d'idéologies et de superstitions que Pellejero et Canales ont pris un malin plaisir à décrire et dessiner. Principalement nocturnes, comme le laisse présager le titre de l'opus, les planches sont sombres, inquiétantes, confortant un Corto Maltese dans sa foi toute relative en l'espèce humaine.
• «Corto Maltese. Nocturnes berlinois». Juan Dias Canales et Rubén Pellejero. Casterman, 17 euros.
