Du narco-tourisme en prison
Un centre de détention de La Paz fonctionne sans gardiens. Connu aussi pour avoir accueilli le nazi Klaus Barbie, il développe un circuit clandestin de «tourisme». Non sans risque.

La prison San Pedro est citée dans les guides touristiques. (afp)
Une prison de La Paz fonctionne sans gardiens. Connue aussi pour avoir accueilli le criminel de guerre Klaus Barbie, elle développe un circuit clandestin de «tourisme». Cela ne va pas sans risque.
La prison de San Pedro risque de voir se développer entre ses murs le narco-tourisme. Véritable village clos au centre de La Paz, près d'un millier de détenus y vivent, tiennent commerce et paient un « loyer » pour leur cellule. Quelques-uns avec femme et enfants. Au fil des ans, le centre de détention s’est érigée en curiosité carcérale. Au point qu’elle est citée dans les guides touristiques.
Un routard australien, Rusty Young, a contribué par un livre en 2000 à la notoriété de l'endroit. Sans compter que San Pedro a été aussi le bref lieu de détention de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon, après 28 ans d'exil discret en Bolivie, avant son expulsion en 1983 en France en vue de son procès.
Or, de discrètes visites guidées, source de revenus pour les détenus, ont démarré il y a une dizaine d'années, puis cessé il y a 5-6 ans, déjà pour des questions de sécurité et de trafic de drogue, en partie élaborée dans des «laboratoires» de la prison.
35 dollars la visite
D'après des témoignages récents, visites et trafic ont repris de plus belle. "C'est indéniable", a déclaré au quotidien La Razon de mardi un détenu sous couvert d'anonymat. "Il y a ici plusieurs façons de faire entrer de la drogue, il y de la pâte-base (de cocaïne), du cristal (chlorhydrate, ou poudre) et de la marijuana, qui sont ceux qui se vendent le plus aux ‘gringos’".
Selon l'enquête de La Razon, les touristes étrangers sont discrètement approchés aux abords de l'entrée de la prison. Et se voient proposer pour 35 dollars -70% pour la police et les intermédiaires, 30% pour les détenus- une visite guidée d'une heure de San Pedro et de ses «quartiers». A l'intérieur, ils peuvent acheter des objets d'artisanat réalisés par les prisonniers, mais aussi de la drogue. D’ailleurs, la majorité des détenus de San Pedro sont condamnés ou en attente de jugement pour des affaires de stupéfiants.
Sa quasi-autogestion -via un système de délégués de détenus en liaison avec la police- fait de San Pedro une rareté. Mais elle reste avant tout une prison surpeuplée (trois fois plus que la capacité de 300) et peu sûre, et les autorités n'ont ni les conditions ni les moyens pour y remédier, rappelle Michel.
lessentiel.lu avec AFP