Incendie au Brésil – «Ils ont tué mon fils, ils ont tué mon fils»

Publié

Incendie au Brésil«Ils ont tué mon fils, ils ont tué mon fils»

L'incendie qui s'est déclaré dans une discothèque brésilienne a fait 233 morts. Reportage au Brésil.

«Ils ont tué mon fils, ils ont tué mon fils!», crie avant de s'évanouir la mère d'un des 233 jeunes qui ont perdu la vie dans le terrible incendie de la discothèque de Santa Maria (sud su Brésil). Son corps vient d'être identifié. Cent seize autres sont hospitalisés dont quatorze grands brûlés, le reste pour intoxication respiratoire à divers degrés.

Les proches des victimes, dans le Centre sportif municipal où a lieu la reconnaissance des corps évitent de parler à la presse. Beaucoup s'enlacent et pleurent. L'angoisse fait place au désespoir.

Tous les corps ont été retirés de l'intérieur de la discothèque et transportés dans ce Centre sportif de Santa Maria où les familles entrent par groupes de 20 pour identifier leurs proches. La mairie y a monté une cellule d'aide psychologique avec des psychologues et des médecins.

«On attend»

Tatiane de Jesus Lopes, 31 ans, attend, les traits tirés par l'angoisse, une information au sujet de sa soeur Pamela, 20 ans, serveuse dans la discothèque.

«On attend pour savoir si elle est ici et, si elle n'y est pas, où nous devons la chercher, à l'hôpital», dit-elle, nerveuse.

Diego Godoi lui est déjà sans espoir... Il était voisin de l'étudiant en médecine vétérinaire Juan Callegari, 19 ans: «Nous avons parcouru tous les hôpitaux et son nom n'était pas là, alors on nous a dit d'attendre que sorte la liste des corps ici, au Centre sportif», dit-il.

Visage à moitié «fondu»

Daiane Jacques da Silva et sa famille veulent garder l'espoir après avoir été dans tous les hôpitaux en quête de leur cousine, Natana Pereira Campos: «Il y a beaucoup de monde dans les hôpitaux, certains sans identification. N’importe quelle nouvelle, ce serait déjà quelque chose...»

Cris, tentatives désespérées de secours: Max Müller, un informaticien de 33 ans n'est pas prêt d'oublier ce qu’il a vu en passant devant la discothèque vers 03h15 du matin dimanche et qu’il a filmé.

«La situation empirait à mesure que la nuit passait. Les parents, amis de ceux qui étaient dans la boite Kiss commençaient à arriver», a dit Max Müller, «encore sous le choc», à l'AFP.

«Je suis traumatisé. Il est difficile d’oublier ce que j’ai vu. J’ai vu des victimes avec un côté du visage fondu, des personnes qui essayaient d’aider mais faisaient des massages cardiaques sans savoir et cassaient les os, le sternum», a-t-il-ajouté.

«Des tas de morts»

«C'est horrible de voir des tas de morts, des gamins, sur le sol, des gens qui pleurent, d'autres qui vomissent, qui n'arrivent pas à respirer, parfois à moitié nus. Certains arrachaient les vêtements des jeunes pour leur faire des massages mais tous n'étaient pas aptes à le faire», a souligné M. Müller, lui-même secouriste.

L'incendie, provoqué par un feu de Bengale allumé par le chanteur d'un groupe dans la discothèque Kiss, s'est rapidement propagé, transformant l'établissement en piège mortel, jonché de personnes asphyxiées, jusque dans les toilettes où certains avaient tenté de se réfugier.

L'accordéoniste du groupe et le plus jeune, Danilo Jaques, 20 ans, est mort, les cinq autres membres ont eu la vie sauve.

Mais selon le chef des pompiers, Guido de Melo, la sécurité de l'établissement, inconsciente de la gravité de la situation, a dans un premier temps «bloqué la sortie des clients» pour s'assurer qu'ils payaient leurs consommations: «C'est cela qui a causé un grand mouvement de panique».

(L'essentiel Online/AFP)

Témoignages

Encore très affectée, une étudiante en ingénierie civile de 19 ans, Ana Paula Muller, raconte par téléphone comment elle s'est frayée peu à peu un chemin parmi une foule en panique. «Plus ou moins à la moitié du chemin vers la sortie, j'ai regardé derrière moi. Tout était noir de fumée. Je suis tombée. Mais j'ai réussi à me relever. J'ai vu d'autres personnes tomber. Mais dans un tel moment de panique, personne ne pense aux autres».

Rocheli Brondani, 23 ans, également étudiante en ingénierie civile, se souvient également avec précision du moment où la soirée à viré au cauchemar. «J'ai regardé le plafond et j'ai vu qu'il y avait des flammes. Tout a été très rapide. Je disais autour de moi que le plafond prenait feu, mais personne ne me croyait. Je suis sortie en courant. Je n'ai même pas aidé mon amie. Je ne me suis pas retournée. Et j'ai réussi à sortir saine et sauve».

À l'air libre, devant la porte du Kiss, cette étudiante de 23 ans se souvient que les personnels de sécurité «ne comprenaient pas ce qui était en train de se passer. Ils ont d'abord cru qu'il y avait une bagarre, puis ils se sont rendu compte que c'était un incendie».

«J'ai vu des gens blessés, en train de vomir. Mon amie a été piétinée mais elle a survécu. Elle m'a raconté que lorsque les clients approchaient de la porte, ils commençaient à tomber les uns sur les autres, comme un jeu de domino. Mon amie s'est accrochée à une autre personne et a réussi à sortir.

«Un ami qui était avec nous a réussi à sortir aussi, mais il a soudain eu un arrêt cardiaque et il n'a pas résisté. J'ai perdu aussi un autre camarade de la faculté», poursuit Ana.

Ton opinion