LuxFilmFest - «Imaginez un film russe récompensé au Luxembourg…»

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LuxFilmFest«Imaginez un film russe récompensé au Luxembourg…»

LUXEMBOURG – La décision gouvernementale de déprogrammer les films russes du LuxFilmFest a créé un certain malaise au sein du milieu cinématographique, et ouvert un vrai débat politique.

Thomas Holzer
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Thomas Holzer

«A-t-on encore le droit de lire Tolstoï?» La question posée jeudi par le parti déi Lénk au gouvernement traduit toute la complexité politique des sanctions occidentales adressées à la Russie, suite à la guerre menée en Ukraine. Natalya Kudryashova, réalisatrice de «Gerda», n'est ni une oligarque, ni une proche du Kremlin et son film «n'a rien d'une œuvre proche du pouvoir», martèle Georges Santer, président du LuxFilmFest, mais le long métrage a été déprogrammé du festival du film de Luxembourg. Tout comme l'ensemble des films russes destinés au jeune public. «Un scandale qui attise le ressentiment antirusse» pour le parti de gauche, un crève-cœur pour les organisateurs du festival.

«C'est une décision gouvernementale. Nous en avons discuté lors d'une réunion informelle, au cours de laquelle tout le monde était tiraillé. La vérité, c'est qu'il n'y avait pas de bonne solution. Imaginez un film russe récompensé par le jury au Luxembourg, l'opinion publique n'aurait pas compris…», explique Georges Santer, qui se dit «malheureux» de voir des artistes privés de leur moyen d'expression lors d'un festival cinématographique. «J'espère que d'autres festivals privés et centres culturels continueront de projeter ces films. La Russie est une grande nation cinématographique», insiste-t-il.

Interrogé par L'essentiel, le gouvernement assume la prise de position difficile: «Nous sommes en pleine guerre, les images qui nous en proviennent sont insupportables. Une guerre qui engendre des centaines de morts et déjà des centaines de milliers de migrants. Nous avons voulu témoigner de notre solidarité envers l’Ukraine. Donc oui, on peut estimer qu’il s’agit d’une décision symbolique», indique le ministère de la Culture, précisant que la demande a émané de l'Académie du film ukrainienne. «Ne pas prendre parti du tout aurait pu être vécu comme une injustice par les Ukrainiens».

«Le cinéma est certes un art, mais c’est aussi une industrie»

Sam Tanson, ministre de la Culture

Consciente qu'il n'y a «pas de solution idéale», Sam Tanson dément toute volonté de censure, mais s'explique également sur le choix politique de ne pas épargner la culture russe des multiples mises à l'écart déjà en vigueur dans d'autres domaines: «Le cinéma est certes un art, mais c’est aussi une industrie, avec des financiers et des marchés». Des considérations «qui n'ont pas été prépondérantes dans ce choix», tempère toutefois la ministre Déi Gréng.

Reste une question qui exprime toute la difficulté philosophique d'un tel débat. Un réalisateur russe hostile à Poutine aurait-il également été mis au ban? «Être à l’écoute des artistes, surtout des artistes critiques, demeure essentiel. Nous tous, comme les équipes du festival, allons le rester», conclut Sam Tanson.

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