Zazie«J'avais besoin d'un nouveau souffle»
Zazie revient avec un nouvel album réussi. Un opus «solaire et organique» que la chanteuse a enregistré en France, en Grèce et en Islande.

Après avoir été coach dans la dernière saison de «The Voice», Zazie fait son retour musical le 30 octobre 2015 avec «Encore heureux». Deux ans après la sortie de son précédent opus, «Cyclo», le neuvième album de la Française se révèle moins tourmenté et plus dansant. Il laisse aussi la place aux guitares et à d'autres instruments plutôt originaux…
Les textes de votre nouvel album «Encore Heureux» sont plus lumineux que ceux du précédent, «Cyclo». Pour quelle raisons?
Je pense qu'ils sont quand même aussi énigmatiques. Cet album est surtout plus organique dans le choix des instruments. Il y a beaucoup de guitare. C'est plus solaire, plus lumineux. On est moins dans la retenue de «Cyclo». Dans ce nouvel album, il y a une volonté de sortir du sombre. Mais pour moi, le sombre n'est pas synonyme de tristesse. Poser une question, ce n'est pas triste.
Vous avez enregistré cet opus en France, mais aussi en Grèce et en Islande. Cela vous-a-t-il apporté quelque chose en plus?
Pour les musiques, c'est pas mal, parce qu'il faut aussi jouer avec les autres. On a 12 ans de moyenne d'âge quand on fait des albums! La musique c'est quelque chose de très participatif, partageur, instinctif, animal. C'était donc très intéressants de rencontrer d'autres personnes qui allaient nous apporter leur bout de cœur, leur bout d'expérience et d'histoire. C'était superjoyeux. Les barrières de la langue n'existent pas en musique. Physiquement, c'est aussi bien de se déplacer, de prendre l'air. J'avais enregistré mes deux précédents albums à la maison. On avait donc besoin d'inspiration, d'un nouveau souffle. Inspirer l'Islande, on avait l'impression de débarquer sur la Lune. On voit des paysages changeants.
Après 24 ans de carrière, quel regard portez-vous sur votre parcours?
Je ne regarde pas ma carrière. Je joue, je fais de la musique, je fais les choses que j'aime. Je gagne ma vie avec plus ou moins de réussite. Parfois c'est plus dur. On n'a pas envie de faire de la scène parce qu'on est fatigué. Mais je n'ai pas ce recul par rapport à ce que je fais. Pour moi, les chansons c'est des petits moments photographiques de nos vies. C'est comme des photos qu'on regarde avec tendresse, certaines peuvent être ringardes et d'autres correspondent à une période de notre vie.
On retrouve aussi souvent le thème de l'amour dans cet album, notamment le premier single de l'album «Discold», mais aussi dans «Encore heureux» ou «Pise». Un thème inépuisable pour vous?
Oui, mais je pense que c'est le cas pour tous les artistes, auteurs, compositeurs. On parle tous d'amour. Quand on parle de haine, de colère, de cynisme, de monde, en fait on parle d'amour. On ne fait que ça. On fait tous la même chanson. Regardez Souchon, Cabrel… Il n'y a que ça qui nous intéresse! (rire) Et surtout il y a cette énigme: personne ne connaît la recette de l'amour. Qu'il soit filial, sentimental, ou lié de manière plus générale à l'humanité. On n'aura jamais tort ou raison. Juste notre ressenti du moment.
Dans «Petroleum» vous évoquez notre planète malmenée et polluée par les hommes. C'est quelque chose qui vous inquiète particulièrement?
C'est une récurrence à laquelle je tiens. J'ai un enfant. Je n'aimerais pas lui dire dans quelque temps que la baleine, c'est un truc dont on voit le squelette au musée océanographique. Mais pour moi l'écologie ne doit pas être récupérée par un parti politique. Ça doit être un comportement automatique. Nos enfants seront peut-être moins couillons que nous. Je l'espère. J'ai l'impression qu'ils ont une conscience du problème plus palpable.
On y trouve aussi des instruments originaux tels qu'une mandoline, un orgue, des bodhrans (un instrument de percussion utilisé dans la musique irlandaise) et des flûtes irlandaises. Pourquoi avoir choisi de tels instruments?
Avec ces instruments, je renoue avec quelque chose que j'aime depuis très longtemps: la musique traditionnelle celtique. Avec ce son, j'ai le sentiment de masser les gens avec ce côté un peu troublant, un peu magique. Ainsi, quels que soient les mots qu'on met sur ces chansons, ils sont déjà dans cette tendresse, dans ce vecteur d'émotions et de rêves. C'est donc pas mal d'utiliser des instruments un peu titillants au niveau des fréquences.
(L'essentiel/Ludovic Jaccard)