Interview estivale«Je me fiche de ce que le CSV pense de nous»
LUXEMBOURG - Dans une interview à «L'essentiel», le vice-Premier ministre, Étienne Schneider, évoque sa Rolls Royce, ses ambitions politiques, les «erreurs» du gouvernement... et Claude Wiseler.

Depuis le toit du ministère de l'Économie, Étienne Schneider a une vue magnifique sur le Kirchberg. Mais il ne monte jamais. «J'ai peur de la hauteur», explique le vice-Premier ministre.
L'essentiel/Philip WeberL'essentiel: Monsieur le ministre, googlisez-vous parfois votre nom?
Étienne Schneider: Non, jamais. Pourquoi?
La première occurrence en cherchant "Étienne Schneider" est "Rolls Royce", en raison d'une photo de vous posant nonchalamment avec votre voiture. Comment cette image passe-t-elle au sein du LSAP (Parti socialiste ouvrier luxembourgeois)?
Cette Rolls Royce a une histoire spéciale. Quand j'étais petit, avec ma mère, je regardais toujours Dynastie. La seule chose qui m'intéressait, dans cette série, c'était la belle voiture conduite par Joan Collins. Je me disais "un jour, j'aurai une voiture comme ça". Quand j'ai eu l'occasion d'en acheter une, je l'ai fait. Il se trouve que j'ai rencontré Joan Collins il y a quelques années. Elle voulait absolument me l'acheter. Naturellement, j'ai refusé. Je collectionne les voitures, de préférence anglaises. Mais cela n'a rien à voir avec mon parti. C'est un passe-temps, ni plus ni moins.
Xavier Bettel a dit un jour (on parle toujours d'image) que vous êtes un social-libéral qui pourrait être membre du DP. Vous êtes d'accord?
Est-ce que c'est une proposition de sa part? Je vais devoir le décevoir! Je me sens très bien au LSAP depuis que j'ai 18 ans et j'y resterai jusqu'à mes 80 ans. Mais, sérieusement, je pense que l'image liée à mon poste actuel, et à ceux que j'ai eus avant, est ainsi. En tant que ministre de l'Économie, je dois discuter avec le monde des affaires. Chaque ministre socialiste de l'Économie a été accusé d'être trop libéral. Le Schneider socialiste répond: si nous sommes l'État providence comme nous le voulons (avec un salaire minimum élevé, un bon système de santé, des pensions élevées), nous devons faire rentrer l'argent pour le distribuer. En collaboration avec le ministre des Finances, je suis en partie responsable de la redistribution de cet argent à tous mes collègues ministres. C'est mon métier. Et je pense que c'est une tâche très noble pour nous d'assurer le maintien du niveau de vie et de nos standards sociaux ici au Luxembourg, voire de l'améliorer.
Comment vous entendez-vous avec le Premier ministre?
Très bien! Autant professionnellement que personnellement. Par exemple, nous avons regardé la finale de l'Euro ensemble, en tant qu'amis.
Mais vous lorgnez sur son bureau, non?
Non, pas du tout. Je suis très heureux dans la position que j'occupe actuellement. D'autant que ce gouvernement fonctionne différemment des gouvernements précédents. Il fonctionne comme une équipe. Les décisions importantes sont prises par M. Bettel avec ses collègues. Il n'y a aucune action unilatérale, comme c'était le cas avant. Mais, bien sûr, à chaque élection, les cartes sont rebattues. Et je souhaiterais redevenir tête de liste du LSAP. C'est le parti qui décidera de son candidat au moment opportun. Contrairement au CSV, nous n'allons pas ennuyer le pays pendant deux ans et demi avant une fausse élection d'un candidat.
Quels sont les liens avec le ministre des Finances, Pierre Gramegna? Vous avez déclaré que le «Zukunftspak» était une erreur. Tout est de nouveau sous contrôle?
Mes déclarations ont peut-être été trop compressées, dans cette interview, et donc pas tout à fait correctement reproduites. Ce que je dis, et que je maintiens, c'est ça: nous devons obtenir un budget à l'équilibre et j'ai donc soutenu le «Zukunftspak». Ce n'est pas une remise en cause de la nécessité des mesures d'économie, mais une appréciation rétrospective.
Avec un peu de recul, je me dis que notre tactique n'a pas été la meilleure. Au lieu de mettre en œuvre quelques mesures fortes, touchant peu de gens aisés, nous avons opté pour 258 petites mesures pour lesquelles presque chaque citoyen doit faire un effort. Ce qui a pour résultat que tout le monde est fâché contre le gouvernement. Quand après ça, vous organisez encore un référendum national, il était naïf de croire pouvoir gagner. Les citoyens ne répondent pas seulement à la question posée, ils expriment aussi leur opinion sur le gouvernement. Notre timing était une erreur.
En tant que ministre de l'Économie, vous êtes également en charge de l'énergie. Le Luxembourg est l'un des trois plus petits producteurs d'électricité verte en Europe. Manque-t-on de volonté politique en matière d'environnement?
Non, nous manquons de possibilités. Nous n'avons ni le vent ni l'eau ni le soleil. Nous sommes un petit pays. Où pourrions-nous trouver tout cela? Nous faisons déjà notre maximum. Les clients privés reçoivent par exemple d'Enovos de l'électricité verte. Pour des raisons géographiques, nous ne pouvons pas produire beaucoup. Nous sommes donc de fervents partisans de l'expansion des énergies renouvelables en Europe.
Le tourisme à la pompe plombe notre bilan carbone. Les taxes sur les énergies fossiles ne devraient-elles pas être plus élevées?
Nous avions commandé une étude sur le tourisme à la pompe. Et nous en avons tiré la conclusion claire qu'il ne représente qu'une faible part du trafic routier total. Nous n'aurions pas moins de véhicules sur la route avec un carburant plus cher. Le Luxembourg est l'un des principaux axes de trafic en Europe. S'ils ne faisaient pas leur plein au Luxembourg, les camions traverseraient quand même notre pays. Les frontaliers continueraient à venir. Car ils ne viennent pas au Luxembourg pour faire le plein mais pour y travailler. Ainsi les émissions de CO2 seraient produites de toute manière, mais les rentrées d'argent seraient moindres.
Le CSV accuse le gouvernement de vouloir s'attirer les faveurs des électeurs grâce à des allègements fiscaux…
Oh, vous savez, ce que nous reproche le CSV, je n'en m'en soucie pas vraiment. Si le CSV croit voir un cadeau quelque part dans la réforme fiscale annoncée, il devra soumettre une motion à la Chambre. Mais vous verrez qu'il n'en aura pas le courage.
Vous risqueriez-vous à un pari sur le résultat des prochaines élections? Le CSV semble largement en tête, mais vous semblez très confiant.
Monsieur Wiseler a passé dix ans au sein du gouvernement. Je serais prêt à parier que la plupart des citoyens ne savent plus, aujourd'hui, quels postes ministériels il a occupés ou ce qu'il a mis en place à l'époque. Je ne pense donc pas que ce soit la bonne personne pour diriger le pays.
(Recueilli par Philip Weber)