Santé en FranceLa cigarette électronique sur le gril
L'engouement pour le nouveau mode d’absorption de nicotine conduit les autorités françaises à annoncer mardi une évaluation de ce produit qui suscite de sérieuses réticences chez les tabacologues.

La cigarette électronique moins nocive que la cigarette classique? Marisol Touraine veut des preuves et commande une étude.
AFPLa ministre française de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé mardi sur France Info avoir «commandé une enquête» à ses services sur l'e-cigarette, utilisée par un nombre croissant de personnes pour arrêter de fumer, aux fins d'une évaluation «bénéfice-risques». La ministre a estimé qu'il fallait faire «preuve de prudence» face à ce produit qui aurait un demi-million d'adeptes en France, d'après les chiffres fournis par les fabricants. L'ampleur du phénomène reste toutefois difficile à évaluer, car une bonne part des ventes se fait sur Internet et auprès de fournisseurs étrangers.
Son efficacité pour arrêter de fumer tout comme sa nocivité font toutefois l'objet d'un vaste débat chez les tabacologues. Si certains conviennent que la e-cigarette est vraisemblablement moins nocive que la vraie cigarette, la plupart relèvent qu'ils ne disposent pas de suffisamment d'études à ce stade pour se prononcer.
Un produit d'initiation pour les jeunes?
«Nous n'avons pas assez de recul», reconnaît le Pr Bertrand Dautzenberg, spécialiste du poumon à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, qui souligne qu'il n'existe actuellement aucune étude sur des patients utilisant le produit depuis plus de six mois. «Ma recommandation est que si vous êtes un gros fumeur, c'est peut-être bien de passer à la cigarette électronique, mais ne l'utilisez pas trop longtemps», ajoute-t-il.
La principale crainte des tabacologues interrogés est que la cigarette électronique devienne un produit d'initiation pour les jeunes. Selon une étude récente faite à Paris, 64% des jeunes de 12 à 14 ans qui avaient essayé la e-cigarette n'avaient encore jamais fumé auparavant, souligne le Pr Dautzenberg. Dès 2008, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait estimé que ces cigarettes ne pouvaient pas être considérées comme une thérapie légitime permettant d'aider les fumeurs à cesser de fumer. Elles sont déjà interdites dans plusieurs pays, dont la Turquie, le Brésil, l'Argentine et Singapour.
( L’essentiel Online / AFP )
La cigarette électronique
La e-cigarette s'est imposée comme une alternative à la cigarette classique dont elle reproduit l'apparence, mais en émettant une vapeur inoffensive pour l'entourage.
Inventé en Chine en 2005, l'appareil présente à son extrémité une diode simulant visuellement la combustion et contient une cartouche dont la solution s'échauffe au contact d'une résistance.
Des flacons de «e-liquides», composés de propylène glycol ou de glycérol, de divers arômes et éventuellement de nicotine, permettent de recharger la cartouche usagée.