En Syrie – Lafarge: «Cette entreprise a nourri la terreur»

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En SyrieLafarge: «Cette entreprise a nourri la terreur»

Un ingénieur syrien raconte comment le spécialiste mondial du ciment traitait avec les rebelles, puis avec le groupe État islamique.

Lafarge n'en a pas fini avec son usine de Jalabiya dans le nord de la Syrie.

Lafarge n'en a pas fini avec son usine de Jalabiya dans le nord de la Syrie.

Cet ancien ingénieur syrien de Lafarge se fait appeler Ahmed. Avec dix autres salariés du numéro un mondial du béton, il s'est joint à la plainte déposée par l'association Sherpa. Il raconte dans les colonnes du Parisien comment le groupe a traité avec les rebelles, puis avec le groupe État islamique.

Au début de l'insurrection en 2012, l'usine de Jalabiya dans le nord de la Syrie voit l'arrivée de combattants kurdes et de ceux de l'Armée syrienne libre. C'est à ce moment que Bruno Pescheux, le patron de la filiale syrienne, donne la marche à suivre. «Il nous a dit de ne pas nous inquiéter. De toute façon, on n'avait pas le choix sinon on se faisait licencier», raconte Ahmed.

«On a réalisé que tous les employés n'avaient pas la même valeur. Lafarge n'en avait rien à faire de nous», ajoute-t-il, en référence aux expatriés qui sont évacués du pays dès juillet 2012.

Arrivent les djihadistes

À la fin de l'année arrivent les forces djihadistes du Front Al-Nosra, affiliés à Al-Qaïda. Pas de changement dans un premier temps, puisque leur checkpoint continue de laisser passer les employés de Lafarge. «Évidemment la direction payait. De toute façon, pour continuer à faire tourner l'usine, ils ont financé tous les groupes. Cette entreprise a nourri la terreur», accuse Ahmed.

En 2013, l'ingénieur quitte la région et se réfugie dans un pays du Golfe, sans obtenir d'indemnités de Lafarge. Quant aux trente salariés encore présents dans l'usine, ils prennent la fuite en catastrophe, le 19 septembre 2014, quelques heures avant l'assaut du groupe État islamique.

20 000 dollars par mois

Lafarge a acquis la cimenterie de Jalabiya en 2010 et le groupe l'a exploitée jusqu'à sa prise de contrôle par les djihadistes. Une activité, qui, selon les juges chargés d'instruire le dossier, n'a pu se réaliser sans de coupables compromissions financières avec plusieurs organisations terroristes.

Selon Bruno Pescheux, une somme de 20 000 dollars américains a été versée tous les mois entre 2012 et 2014 à l'organisation État islamique. Ces versements étaient présentés dans les comptes comme des «frais de représentation».

Lafarge a-t-il bénéficié de la protection du Quai d'Orsay pour ses activités en Syrie? «Non, je l'affirme catégoriquement, je n'ai jamais demandé à Lafarge de rester en Syrie. Et je n'ai jamais laissé entendre ceci», a souligné Éric Chevallier, le dernier ambassadeur en poste à Damas.

(L'essentiel/smk/nxp)

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