En Hongrie – Le principal journal d'opposition suspendu

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En HongrieLe principal journal d'opposition suspendu

Des raisons économiques ont été invoquées pour justifier l'arrêt de la parution. Lecteurs et rédacteurs ont manifesté samedi pour la pluralité de la presse.

Des manifestants ont protesté contre la décision de fermer le journal. Le gouvernement de Viktor Orban a souvent été critiqué pour ses atteintes à la liberté de la presse.

Des manifestants ont protesté contre la décision de fermer le journal. Le gouvernement de Viktor Orban a souvent été critiqué pour ses atteintes à la liberté de la presse.

AFP/Attila Kisbenedek

La parution du plus important quotidien de l'opposition hongroise, Nepszabadsag, a été suspendue, a annoncé samedi le groupe qui en est propriétaire, soulevant des inquiétudes sur la pluralité de la presse en Hongrie. L'opposition socialiste au Premier ministre Viktor Orban a qualifié cette suspension, comme celle du site Internet du quotidien, de «jour noir pour la presse». Pour dénoncer la situation, 1 500 à 2 000 personnes, selon l'estimation d'un journaliste de l'AFP, ont manifesté samedi soir devant les locaux du journal à Budapest, brandissant des exemplaires du quotidien et scandant «Orban dehors».

Le groupe Mediaworks, propriétaire de Nepszabadsag, a assuré dans un communiqué, cité par l'agence hongroise MTI, que la suspension de la parution du journal était dictée par des raisons économiques et qu'elle durerait jusqu'à «la formulation et la réalisation d'un nouveau concept». Le parti de Viktor Orban, le Fidesz, a qualifié cette mesure de «décision économique rationnelle, pas politique».

Créé il y a soixante ans, Nepszabadsag, nom qui signifie «Le peuple libre», est le plus fort tirage de la presse hongroise et un critique virulent du Premier ministre et de sa politique anti-immigration. Depuis son retour au pouvoir en 2010, Viktor Orban, 53 ans, a souvent été accusé de vouloir utiliser les médias à son profit, et de larges secteurs des médias privés ont été achetés par des oligarques proches de son gouvernement, affirment ses détracteurs. De plus, le gouvernement réserve selon eux la part du lion de l'important marché publicitaire public à des médias proches du pouvoir.

«Pur prétexte»

Un responsable de la rédaction de Nepszabadsag a indiqué que les journalistes, qui avaient préparé des articles pour l'édition de lundi, avaient été empêchés d'entrer dans la rédaction et avaient reçu des lettres les informant de la suspension du quotidien. «Nous sommes en état de choc, c'est un coup de massue. Bien sûr ils vont affirmer que c'est une décision économique mais ce n'est pas vrai», a ajouté le journaliste, sous couvert d'anonymat. «Cela porte un énorme coup au journalisme d'investigation et à la liberté de la presse. Nepszabadsag représente le plus grand groupe de presse de qualité en Hongrie, qui tente de défendre les libertés fondamentales, la démocratie, la libre expression et la tolérance», a-t-il ajouté.

Le groupe Mediaworks, propriété d'un magnat de presse autrichien, qui a acheté «Nepszabadsag» et plusieurs autres titres hongrois en 2014, affirme que son tirage a plongé de 74% au cours des dix dernières années, et perdu près de cinq milliards de forints (16,4 millions d'euros). À Bruxelles, Gianni Pittella, président de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (principal groupe de centre-gauche au Parlement européen), a qualifié de pur «prétexte» la situation financière du journal. «La liberté de la presse est aujourd'hui en danger en Hongrie».

(L'essentiel/AFP)

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