Gastronomie de rueLes food trucks cherchent leur place au Mexique
On les voit dans toutes les grandes villes du monde, mais quand un «camion gourmet» s'installe dans une rue de Mexico, les policiers débarquent peu après.

A man orders food to an employee at a food truck in Mexico City, on September 15, 2015. With its street food culture, Mexico City distills fried food, roasted corn and cilantro smells. But a legal vacuum keeps the 'food trucks' at bay, a gourmet proposal on wheels which fights for its place after being successful in metropolis as New York. AFP PHOTO/ RONALDO SCHEMIDT
AFP/Ronaldo SchemidtAvec sa culture de nourriture de rue, Mexico distille quotidiennement ses odeurs de friture, de maïs grillé et de coriandre. Mais un vide juridique maintient à distance les food trucks, ces camions qui prolifèrent dans d'autres grandes villes comme New York.
Dans sa camionnette décorée de fleurs multicolores et marquée du mot «Nanixhe», qui veut dire «délicieux» en zapotèque (une ethnie indigène du sud du Mexique), le chef Luis Castillejos s'applique à préparer ses «tlayudas», de grands toasts de maïs fourrés de haricots, de viande séchée, d'avocat et de fromage. L'idée de ce «food truck» était d'apporter la gastronomie sudiste d'Oaxaca en différents endroits de la capitale. Castillejos souhaitait également travailler «dans un cadre légal». Mais son véhicule reste immobile. Depuis qu'il s'est lancé dans cette aventure il y a sept mois, «Nanixhe» est garé sur un terrain vague, parmi d'autres food trucks qui proposent sushis, burritos, jusqu'aux assiettes sophistiquées libanaises de viande d'agneau.
La clientèle attirée via les réseaux sociaux
Quand un food truck s'installe dans la rue, les policiers ou les autorités locales débarquent peu après, se plaint Fernando Reyez, président de l'association Foodtrucks DF, qui regroupe quelques dizaines des 300 véhicules de ce type recensés dans la capitale. Pourtant les camions gourmets se développent «de Tijuana jusqu'à Cancun», mais nulle part «nous ne pouvons opérer de façon libre et légale comme cela se fait dans d'autres métropoles comme New York et Paris». Car si l'assemblée législative a vu passer différents projets de loi visant à réglementer et autoriser les food trucks, tous sont restés lettre morte du fait du «corporatisme et de complicités» entre les autorités et les leaders des vendeurs ambulants.
Le manque de réglementation concernant les commerces ambulants «donne un pouvoir discrétionnaire» aux autorités pour délivrer les permis, indique Priscila Vera, ex-députée du Parti action nationale (PAN) qui a soutenu l'une des propositions de loi. Dans les faits, la majorité des food trucks de Mexico sont obligés de se regrouper à l'écart des rues ou de ne fonctionner qu'à l'occasion d'événements spéciaux, de concerts ou de fêtes privées. Mais en versant des pots-de-vin et en participant à des manifestations «pour soutenir le pouvoir en place», certains vendeurs ambulants obtiennent des autorités «qu'elles ferment les yeux».
Que les food trucks soient tenus à l'écart ou non, la clientèle est au rendez-vous et ce commerce fonctionne. Certains patrons ont indiqué faire autour de 200 ventes par jour en semaine, 400 le weekend, voire 1 000 pour un évènement spécial. Face aux obstacles administratifs, les réseaux sociaux Twitter, Facebook, Periscope et Instagram constituent la meilleure arme des entrepreneurs qui se sont lancés dans les food trucks.
(L'essentiel/AFP)