Maradona, un révolutionnaire pailleté
Révolutionnaire au fond de l'âme, Maradona a tout de même apprécié les crépitements des flashs lors de la présentation de «Maradona by Kusturica», hors compétition mardi à Cannes.

Le prodige argentin. (AFP)
Le documentaire d'Emir Kusturica est le second du festival à faire le portrait d'une gloire du sport, après le Tyson de James Toback. Le footballeur a néanmoins écarté le parallèle en conférence de presse: «lui c'est la souffrance, moi c'est la joie», a-t-il déclaré. Il y a en revanche «beaucoup de similitudes entre les Balkans et l'Amérique latine», a souligné Kusturica dont le film montre un Maradona, comme lui, très engagé sur le front politique et anti-américain, la tête de Castro tatouée sur le mollet et celle du «Che» sur l'épaule.
Le documentaire, tourné sur trois ans, démarre dans les bidonvilles de Buenos Aires où a grandi ce surdoué du ballon, le «gamin en or» qui jongle avec ses pieds comme d'autres avec leurs mains et dans lequel son frère voit «un martien».
Le choix du peuple
Parce qu'il vient d'un milieu pauvre, il acquiert «le sens de la loyauté et de la noblesse», affirme la voix off de Kusturica. Plutôt que de choisir l'argent de River Plate, Maradona opte ainsi pour le maillot de Boca Juniors, celui du peuple, où il débute sa carrière sous le numéro 10 qu'il ne quittera plus.
Après Barcelone au début des années 1980, son choix de rejoindre Naples en Italie, plutôt que Milan ou Turin, obéit au même schéma: «c'était le sud contre le nord», souligne-t-il dans le film. A l'époque, le meneur de jeu, «petit par sa taille mais immense par son talent», s'impose comme un dribleur et un buteur exceptionnel, alternant avec une facilité déconcertante coups francs dans la lucarne et lobs d'anthologie.
Un talent qui culmine lors de la Coupe du monde 1986, remportée par l'Argentine après une victoire mythique contre l'Angleterre en quarts de finale, au cours de laquelle Maradona marque à deux reprises, une fois de la main et une autre au terme d'un slalom génial depuis le milieu de terrain, considéré comme «le but du siècle».
Ce dernier constitue le fil rouge du film de Kusturica, qui le revisite grâce à la technique de l'animation en simulant des duels satiriques entre Maradona et Margaret Thatcher, le Prince Charles, Tony Blair puis George Bush.
Un regard lucide sur la drogue
Découverte à Barcelone, développée à Naples; Maradona est un adepte inconditionnel de la cocaïne sur laquelle il porte un regard lucide et émouvant dans le film qui lève un voile pudique sur la famille du joueur. «Au lieu de me faire du bien, elle me renfermait sur moi», confie l'Argentin qui regrette surtout de ne pas avoir vu grandir ses filles. «Il y a plein de trucs que je n'ai pas vécus. J'ai cette culpabilité en moi et rien ne peut l'enlever».
L'homme est loin de s'apitoyer, cependant. «J'ai fait des erreurs, j'ai payé. Le ballon ne se salit pas», lance-t-il dans un stade lors d'un hommage. De fait, les fans lui pardonnent tout et l'idole est toujours vénérée en son pays. Il y a même une église maradonienne qui marie «au nom de Diego» et distribue des chapelets composés de 34 ballons et deux chaussures, soit le nombre de buts (36) qu'il a marqués sous le maillot argentin.
Avec AFP
Bande annonce du film