«Nous avons atteint un tiers de mon projet global»
Entretien vérité avec le patron de la sélection nationale, Guy Hellers, avant le match amical contre le Germinal Berschoot, mercredi soir, 18 h 30, à Beggen.
L’essentiel: Après un match amical décevant face à Virton (défaite 2-0) en début de mois, comment s’annonce la préparation de la double confrontation face à la Lettonie (28 mars et 1er avril)?
Guy Hellers: La sortie de l’hiver est toujours un moment délicat pour le Luxembourg. Nous ne nous sommes pas mesurés au niveau international depuis novembre (Luxembourg-Belgique 1-1) et il va falloir réussir le stage d’avant-match pour espérer réussir quelque chose.
La semaine de stage reste une chose primordiale avant les confrontations internationales?
Absolument, surtout à cette période. On vient de reprendre la compétition au Luxembourg et on a bien remarqué face à Virton que nous n’étions pas encore prêts sur le plan du rythme. C’est donc grâce au stage que l’on peut réussir le travail nécessaire pour combler ce retard.
N’est-ce pas un peu frustrant de renouveler à chaque fois ce travail lié au rythme?
Un peu, mais nous savons qui nous sommes et nous avons vraiment besoin de travailler plus pour espérer quelque chose. Tant que nous ne pouvons pas compter sur six à sept professionnels dans la sélection, nous serons confrontés à ce problème.
Faut-il s’attendre à voir émerger de nouveaux professionnels?
Nous avons environ 14 joueurs dans les centres de formation de clubs professionnels. J’espère que certains pourront passer à l’étage supérieur, le professionnalisme, une étape vraiment très difficile dans la carrière d’un footballeur. La concurrence est si rude qu’il faut vraiment batailler et parfois ça ne suffit pas.
Depuis cet hiver, vous comptez tout de même un pro de plus, Stefano Bensi…
Il est sur le bon chemin, mais on ne peut pas le considérer comme un professionnel à part entière. Il lui reste à confirmer, il est dans son nouveau club (Deinze, D2 belge) depuis quelques semaines à peine, dans une division très dure physiquement. Il devra digérer tout ça et trouver sa place pour franchir un palier.
Faut-il encourager certains joueurs à quitter le Luxembourg et à rejoindre des championnats plus huppés?
Je le crois. Il faut aussi qu’ils fassent leur choix. Veulent-ils vraiment progresser dans le foot? Sont-ils prêts à faire les sacrifices et les efforts qui vont avec? Ils sont les seuls à posséder la réponse.
Cela paraît difficile pour certains internationaux qui ne sont pas titulaires dans leur club en BGL ligue…
Quand, je vois des Payal, Lombardelli, etc, qui ne jouent pas, j’ai vraiment mal au cœur. On ne leur fait pas confiance, même si chaque entraîneur est libre de faire ses choix, je pense que ces joueurs ont le droit à une chance. Il ne répèteront peut-être pas des bonnes prestations sur un championnat entier, mais ils sont capables de rendre service à leur club.
Quel est votre degré d’implication dans les choix sportifs des joueurs que vous avez formés?
Vous savez, pour certains, je travaille avec eux depuis qu’ils ont douze ans. Aujourd’hui, ils ont une vingtaine d’années et je serai toujours derrière eux. Ils me demandent souvent mon avis sur plein de choses. Je leur donne mais le dernier mot leur revient. Je ne suis pas seulement sélectionneur, mais aussi éducateur et ce travail, je l’assume complètement...
… Malgré les barrières que vous pouvez rencontrer tous les jours?
J’avoue que, parfois, c’est très difficile. Mais j’ai un projet qui me tient à cœur et je n’ai pas l’intention de m’en éloigner. Je veux le mener à son terme.
Pourtant, vous avez eu du mal à digérer certaines décisions?
Bien sûr. Je prends le cas de Dan Theis (l’entraîneur des -19 ans quittera la FLF en juin), je comprends sa décision, mais je ne suis pas d’accord et je lui ai dit et je l’ai dit aussi au comité.
Car Dan est un éducateur de qualité, un vrai homme de terrain. Il s’inscrit complètement dans le projet sportif, mais il va falloir trouver quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui a la même vision des choses et qui entre dans le moule. Tout cela représente quand même une perte de temps.
Les points de divergence que vous pouvez avoir avec le comité et la FLF peuvent-ils remettre en cause votre projet?
Je savais en prenant mes responsabilités que j’allais rencontrer des difficultés dans tous les domaines. Je peux vivre avec les critiques. Par contre, humainement, il y a certaines choses qui ont du mal à passer, mais elles doivent rester au sein de la fédération. Tant qu’on ne vient pas toucher à mon domaine, le sportif, alors je ferme les yeux.
Ressentez-vous parfois une certaine lassitude?
J’ai douze kilomètres à parcourir de mon domicile à mon lieu de travail et je peux vous assurer que, parfois, je me dis que si je ne pensais qu’à moi j’arrêterai tout.
Le cas Miralem Pjanic (d’abord luxembourgeois, il a opté pour la Bosnie) fait-il partie des coups durs?
J’ai aussi compris son choix, malgré les efforts qu’on a faits pour lui et sa famille. Je le comprends d’autant plus que lorsque j’étais joueur au Standard de Liège, on m’avait demandé d’opter pour la nationalité belge, mais j’avais refusé. Je suis luxembourgeois et fier de l’être.
Mais qu’est ce qui vous permet de tenir dans les moments de grande pression?
Le terrain, j’adore me retrouver sur le terrain avec les jeunes et quand je vois le travail que nous avons accompli depuis que l’on a lancé le centre (2000), je ressens une certaine fierté, ça me remotive immédiatement.
Vous êtes-vous déjà senti fragilisé en tant que sélectionneur?
Pas vraiment, mais comme tous les entraîneurs du monde, je sais qu’un jour viendra où je devrai céder ma place, c’est la loi du football. Mais, j’espère que je pourrai atteindre mes objectifs avant.
Quels sont-ils ?
J’espère qu’on pourra bientôt terminer 3e ou 4e d’un groupe éliminatoire pour une grande compétition. C’est un objectif que je me suis fixé en tant que sélectionneur. Mais dans le projet global, j’estime que nous avons atteint un tiers du résultat final, si je peux aller jusqu à 70 ou 80 % je serai vraiment satisfait. J’espère qu’on m’en laissera le temps.
Et si on vous demande de choisir entre le centre de formation et la sélection nationale?
C’est déjà arrivé!
Quand ?
Lors de ma prolongation de contrat. Mais, l’un ne va pas sans l’autre. La sélection est encore beaucoup trop dépendante du centre car les joueurs sont encore très jeunes et nous avons besoin de tout le vivier pour alimenter l’équipe en joueurs de qualité.
Votre contrat court donc jusqu’en 2011…
Pas tout à fait. Il y a une subtilité. Mon contrat de sélectionneur se termine en décembre 2009, celui de l’école de football en décembre 2011.
Lors de la campagne des éliminatoires de l’Euro-1996, le Luxembourg a pris 10 points, il semble que ce genre de performance soit de nouveau possible…
J’ai vécu ça en tant que joueur, c’était absolument génial. Je veux surtout retenir de cette époque que le Luxembourg peut remporter des matches internationaux et j’ai envie de revivre ça, non pas pour moi, mais pour les joueurs, pour ceux qui donnent beaucoup tous les jours pour que cela soit réalisable.
La victoire en Suisse (1-2) aurait dû servir de déclencheur, pourtant le public n’a pas répondu forcément présent…
Le résultat seul ne peut attirer les foules. Il faut aussi un environnement. Il faut savoir ce que l’on veut. Pour moi, la sélection doit être une locomotive. Nous devons tout mettre en œuvre pour qu’elle se développe. Si elle tourne, alors elle attirera des nouveaux sponsors et cela pourra rejaillir sur l’ensemble du football luxembourgeois. Il y a aussi le problème du stade. Heureusement, aujourd’hui, il y a un vrai projet et cela grâce notamment à celui qui va le construire, M. Flavio Becca. Le confort d’un stade moderne est aussi un argument de poids pour attirer les spectateurs et on peut observer ça dans nombre de pays.
La double confrontation face à la Lettonie permettra-t-elle au Luxembourg d’avancer encore?
Un match éliminatoire est toujours un moment particulier, c’est pour ça qu’il faut le préparer au mieux. Nous avons réalisé une bonne année 2008, mais c’est déjà oublié, archivé, il faut se projeter sur 2009 maintenant.
Recueilli par Saïd Kerrou