Pour l'Église catholique luxembourgeoise, «il n’existe pas de droit à la mort»
Erny Gillen, responsable des affaires sociales auprès de l’évêque du Luxembourg, admet que les questions se posent. Elles ne doivent cependant pas occulter le débat de fond sur le droit à la vie.

L'essentiel: Dans une lettre ouverte aux médias, l’archevêque engage les Luxembourgeois à profiter du temps qu’il reste avant la 2e lecture du texte de loi sur l’euthanasie pour réfléchir, mais réfléchir à quoi?
Erny Gillen: il ne faut pas laisser passer ce temps précieux de réflexion. L’idée, c’est d’écouter les professionnels de santé. Le texte soutenu en 1e lecture ne proposait ni plus ni moins qu’une redéfinition de la profession médicale qui jusque là avait sa propre éthique et gérait tout cela elle-même. La moindre des choses, c’est d’attendre ses conclusions.
L’Eglise luxembourgeoise ne s’oppose pas aux soins palliatifs…
Il existe une frontière rigide entre l’acte de tuer quelqu’un et le fait de soulager sa fin de vie. Certes, le recours au soins palliatifs ne répond pas à tous les cas et alors il peut y avoir des exceptions…
C'est-à-dire… l’euthanasie?
Je ne parlerai pas d’euthanasie mais de cas de conscience. L’Église les accepte. Ce qu’elle ne veut pas, c’est une loi générique comme en Hollande ou en Belgique. On se tournerait davantage vers ce qui se passe en France avec l’«exception d’euthanasie», qui peut être invoquer dans les cas extrêmes.
Avant sa mort, Chantal Sébire faisait part d’une énorme souffrance physique, cette détresse ne devait-elle pas être entendue?
Contrairement à ce qui peut être dit, l’Eglise est contre toute forme de souffrance, depuis 1952-54 et les instructions de Pie XII. Une sédation palliative aurait sans doute été la solution pour Chantal Sébire.
Mais elle demandait plus, elle demandait à mourir…
Mais l’interdit de tuer est le fondement de la culture, ce qui fait qu’une société est une humaine. C’est ce pour quoi l’Eglise se bat… Chantal Sébire demandait sa mise à mort à l'État. C’est le même cas que Diane Pretty qui, paralysée du cou aux pieds demandait à La Grande Bretagne l’autorisation de mettre fin à ses jours. La Cour Européenne des droits de l’homme a été claire: il n’existe pas de droit à mourir. La Convention des droits de l’Homme ne mentionne que le droit à la vie et la Cour ne pouvait pas aller à l’encontre de ce droit!
Mais n’existe-t-il pas un paradoxe? Cette femme s’est sans doute suicidée… une pratique également condamnée par l’Eglise…
Certes. Mais je préfère vivre avec les paradoxes de la situation actuelle plutôt qu’avec ceux que provoquerait une loi générique sur l’euthanasie.
Propos recueillis par Marion Chevrier
Erny Gillen est vicaire épiscopale au Luxembourg et aussi professeur d’éthique théologique au Grand séminaire du Luxembourg. Il est par ailleurs président de Caritas Europe.
Pretty contre Grande Bretagne
Diane Pretty est morte en 2002. Atteinte d’une maladie incurable appelée sclérose latérale amyotrophique, elle était destinée à mourir par étouffement (effet de la maladie). Diane souffrait aussi d’une paralysie de la partie supérieure et inférieure de son corps (des pieds au cou). La Cour européenne avait refusé sa demande de mettre fin à ses jours avec l’aide de son mari. Il pouvait risquer jusqu’à 14 ans de prison s’il l’assistait. Les juges de la Cour ont estimé que «la Grande-Bretagne n’avait violé aucun principe de la Convention européenne des droits de l’homme». Pour eux, il n’est pas possible «d’obliger un Etat à cautionner des actes visant à interrompre la vie».
Avant de mourir, Diane Pretty a commencé une pétition sur Internet afin que le gouvernement britannique légalise l’euthanasie.