Coup de théâtre au TPIYPraljak a-t-il reçu de l'aide pour se suicider?
Les autorités néerlandaises enquêtent pour établir comment Slobodan Praljak a pu se suicider mercredi, devant les juges qui venaient de confirmer sa condamnation.

This videograb taken from live footage of the International Criminal Court, shows Croatian former general Slobodan Praljak swallowing what is believed to be poison, during his judgement at the UN war crimes court to protest the upholding of a 20-year jail term.
Former Bosnian Croat military leader Slobodan Praljak was alive and being treated by medics. / AFP PHOTO / International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia / - / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / ICTY" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
Le parquet de La Haye a annoncé qu'il lançait «à la demande du TPIY» une enquête sur la mort de Slobodan Praljak. «Au cours d'une session du TPIY, M. Praljak a avalé quelque chose et il est mort possiblement des conséquences» de cette action, a déclaré le parquet dans un communiqué. L'enquête devra avant tout établir si Slobodan Praljak a reçu une aide pour commettre son suicide. «Pour le moment l'enquête va se concentrer sur la question du suicide assisté» et sur «la violation» de la réglementation sur les substances médicales, déclare le communiqué.
«L'enquête venant seulement de commencer, le parquet ne peut pas faire davantage de commentaires». Le dramatique incident est survenu lors du prononcé du jugement en appel contre six anciens dirigeants et chefs militaires des Croates de Bosnie, accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité durant le conflit croato-musulman (1993-1994) survenu dans le cadre de la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995).
«Scène de crime»
Aussitôt après l'énoncé du verdict confirmant sa condamnation à 20 ans de prison, Slobodan Praljak, 72 ans, debout face aux juges, a déclaré d'une voix forte: «Slobodan Praljak n'est pas un criminel de guerre, je rejette avec mépris votre verdict». Il a ensuite sorti de sa poche une fiole dont il a avalé le contenu, provoquant la stupeur dans la salle d'audience. Son avocat a prononcé le mot «poison», alors que l'audience était suspendue et qu'arrivaient des secouristes.
Peu après, Nenad Golcevski, porte-parole du TPIY, a annoncé le décès de Praljak. «L'un des six accusés dans le procès (...) est mort aujourd'hui à l'hôpital HMC de La Haye», où il a été transporté après avoir «bu un liquide dans la salle d'audience», a déclaré le porte-parole. On ignore comment l'accusé a pu se trouver dans l'enceinte du tribunal en possession d'une fiole contenant le liquide suspect. Le porte-parole du TPIY a refusé de «communiquer là-dessus». La salle d'audience, théâtre du drame, est désormais une «scène de crime» et la police néerlandaise a commencé à enquêter.
Deux autres suicides
Auparavant, les juges avaient condamné en appel à 25 ans d'emprisonnement l'ex-dirigeant des Croates de Bosnie, Jadranko Prlic, alors que 40 ans avaient été requis contre lui. Il a été reconnu coupable d'avoir mené le transfèrement de populations musulmanes et d'avoir eu recours à des meurtres, des viols et des destructions de biens civils pour créer une «grande Croatie».
Siégeant à La Haye, le TPIY s'est prononcé ce mercredi pour la dernière fois, après presque un quart de siècle consacré à juger ceux qui ont commis les pires atrocités en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2006, l'ex-chef des Serbes de Croatie, Milan Babic, 50 ans, condamné à 13 ans de prison pour des exactions commises pendant la guerre de 1991-1995 en Croatie, s'était suicidé dans le centre de détention du TPIY à La Haye. Babic était le deuxième détenu du tribunal à mettre fin à ses jours, après un autre Serbe de Croatie, Slavko Dokmanovic, en juin 1998.
(L'essentiel/AFP)