Santé – Quand nos oreilles nous prennent la tête

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SantéQuand nos oreilles nous prennent la tête

Une personne sur dix serait victime d'acouphènes. Mais l'on ne sait toujours pas traiter ces symptômes… Il est quand même possible de les apprivoiser.

«Tout le monde peut, un jour, être touché par ces symptômes»

«Tout le monde peut, un jour, être touché par ces symptômes»

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Vos oreilles sifflent ou bourdonnent de manière permanente et avec une intensité plus ou moins grande? Des bruits qui ne sont pas provoqués par une source sonore extérieure et qui, par moments, vous rendent franchement dingue? Vous voilà sans doute victime d'acouphènes. Et ce au même titre que 10% de la population.

Mais tout le monde n'y accorde pas la même attention. Si la majorité parvient, dans un laps de temps plus ou moins court, à ne pas se laisser «pourrir la vie» par ces «bruits fantômes», la souffrance est réelle dans 1 à 2% des cas. «En fait, ce qui change entre les personnes qui s'en plaignent et celles qui ne s'en plaignent pas, c'est leur niveau de tolérance», explique Jean-Philippe Guyot, chef du Service ORL dans un grand hôpital public suisse.

À ce jour, il n'existe malheureusement aucun traitement reconnu qui permette de supprimer totalement les acouphènes, même si la recherche y travaille (voir ci-contre). Les personnes touchées sont donc bien obligées de faire avec… Hélas!
«Lorsque les gens viennent en consultation, nous les redirigeons volontiers vers des techniques de relaxation, comme la sophrologie (voir en bas, à droite). Le but est qu'ils arrivent à détourner leur attention de ces symptômes». Jean-Philippe Guyot ne prêche d'ailleurs pas pour la prescription de médicaments, «car on reste ainsi focalisé sur le problème, alors que, encore une fois, le mieux est de parvenir à prendre de la distance». Le spécialiste constate-t-il un nombre toujours plus important de personnes souffrant d'acouphènes? «Ce que j'observe surtout, c'est que les gens viennent consulter beaucoup plus facilement qu'avant. On les voit même dès qu'ils ressentent une petite gêne à l'oreille».

Le bruit, un suspect un peu trop prévisible

La cause principale des acouphènes est-elle l'exposition au bruit? Difficile d'être affirmatif. «Nos parents et grands-parents étaient bien plus soumis au bruit. Étant donné qu'aujourd'hui on connaît mieux les risques, on prend des mesures en conséquence», assure le spécialiste en ORL Jean-Philippe Guyot, qui voit finalement peu d'atteintes auditives dues au bruit. Quant au sophrologue François Roch, il a sa propre idée sur le sujet, fondée sur ce qu'il observe chez les personnes qui suivent ses thérapies: «Il existe souvent un fond mélancolique chez eux, qui précède l'apparition des troubles liés aux acouphènes».

Reconverti «grâce» à ses acouphènes

GENÈVE - Ex-producteur à la télévision, François Roch exerce désormais en tant que sophrologue. Il organise notamment des séances de groupes pour aider les gens à mieux vivre avec leurs symptômes. Une reconversion directement liée à l'apparition de ses propres acouphènes, il y a une quinzaine d'années. «J'ai soudain commencé à entendre des sifflements, dans les deux oreilles. Au début, je n'y prêtais guère attention, mais par la suite l'intensité s'est accentuée. Aujourd'hui, sur une échelle de dix, je dirais que mon bien-être se situe à neuf. Parfois, en pleine nuit, il m'arrive quand même de pester contre ces acouphènes». Face aux clients qui poussent la porte de son cabinet, François Roch tient un discours clair: «Je leur dis d'emblée que je ne soigne pas les acouphènes. Mais j'insiste sur le fait qu'ils doivent garder l'espoir qu'un jour les symptômes puissent disparaître, puisque c'est arrivé à d'autres».

Quant au travail du sophrologue, il consiste d'abord à amener son patient vers le lâcher-prise. «Les personnes qui souffrent, d'acouphènes et autres maux, doivent essayer de se focaliser sur les plaisirs qu'offre la vie, ainsi que sur les valeurs de leur existence, plutôt que sur leurs oreilles, qui les minent».

Un espoir encore très ténu

Des chercheurs américains annonçaient mi-janvier être parvenus à éliminer les acouphènes chez des rats. Et ce grâce à la stimulation d'un nerf du cou. Cette découverte ouvre-t-elle la voie à un traitement pour l'homme? Jean-Philippe Guyot, spécialiste ORL, concède qu'il s'agit «d'une vraie observation scientifique... Mais de là à en faire une application clinique chez l'homme, il y a encore un grand pas à franchir». Rien ne garantit donc à ce stade qu'elle débouchera sur un traitement pour l'humain.

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