A Marseille – Sortir du «cauchemar» deux ans après le drame

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À MarseilleSortir du «cauchemar» deux ans après le drame

Deux ans après ces huit morts dans l'effondrement de deux immeubles, rue d'Aubagne, au cœur de Marseille, les habitants du quartier essaient de sortir du «cauchemar».

Il y a deux ans deux immeubles de la rue d'Aubagne, à Marseille, se sont effondrés.

Il y a deux ans deux immeubles de la rue d'Aubagne, à Marseille, se sont effondrés.

AFP/Gerard Julien

«J'aime tant cette rue, enfin, je l'aimais, je ne sais plus...»: deux ans après ces huit morts dans l'effondrement de deux immeubles, rue d'Aubagne, au cœur de Marseille, les habitants du quartier essaient de sortir du «cauchemar», alors que l'enquête avance.

De sa fenêtre, Virginie a une vue plongeante sur cette «dent creuse», là où se sont écroulés les 63 et 65 de la rue, le 5 novembre 2018. Sous les décombres, il y avait Fabien et Simona, Taher et Cherif, ou encore Ouloume, «la maman d'El Amine», se souvient cette professeure de français en collège, encore sous le choc.

«C'est devenu une zone de non droit»

Arrivée en 2012 à Noailles, quartier populaire à quelques encablures du Vieux-Port, cette quadragénaire est aujourd'hui «en mode survie». Au 66 rue d'Aubagne, avec son compagnon et son fils, ils sont les seuls à être revenus, après un an entre hôtel et logement provisoire. Mais, tous les soirs, elle descend fermer le verrou de la porte d'entrée de l'immeuble. «Dealers» installés à quelques mètres, rodéos en scooters, rixes, menaces: «C'est devenu une zone de non droit», raconte-t-elle à l'AFP. Bâtiments interdits d'accès, du 69 au 83 de la rue, au-dessus des immeubles effondrés; habitations désertées, frappées par la vague d'arrêtés de périls qui a suivi l'effondrement; locataires évacués et jamais revenus: toute une partie de la rue d'Aubagne a été abandonnée.

«Il y a un effet coupe-gorge depuis le 5 novembre», reconnaissait récemment Sophie Camard, la maire de l'arrondissement. Dans la seconde ville de France, où 100 000 personnes vivent dans des taudis, selon la Fondation Abbé Pierre, Noailles est devenu le symbole de l'habitat indigne. Dans cet îlot de 3 139 logements, seuls 41% sont «dans un état normal», concédait Mme Camard, lors d'une rencontre avec les habitants, fin octobre.

«Chaque 5 novembre, c'est une souffrance»

Sur le plan judiciaire, l'enquête pénale ouverte contre X après la catastrophe du 5 novembre a avancé mercredi, avec une première mise en examen: celle de Marseille Habitat, société d'économie mixte de la ville de Marseille, pour «homicides involontaires par violation délibérée d'une obligation de sécurité». Ce bailleur social était propriétaire du 63 rue d'Aubagne. Totalement insalubre, avec un toit largement crevé, cet immeuble était vide depuis des années quand il s'est écroulé, comme un château de sable, avec le 65 et huit de ses occupants.

Au 70 de la rue, Sabine Daoudi est arrivée en 1994, un an avant l'élection de Jean-Claude Gaudin à la mairie. Et elle ne veut pas oublier ces huit personnes «mortes pour rien, à cause de 25 ans d'incompétence, de mépris», accuse-t-elle, en référence au règne du maire LR de la ville, jusqu'à la victoire de la candidate d'une union de la gauche, Michèle Rubirola, en juin. «Chaque 5 novembre, c'est une souffrance, un cauchemar qui recommence», explique cette retraitée d'une voix douce.

(L'essentiel/afp)

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