Crise bancaireUn «plan B» pour sauver Chypre et l’UE
Chypre a annoncé jeudi avoir renoncé à taxer les dépôts bancaires au profit d'un fonds de solidarité, aux contours encore flous. Le plan B des chypriotes ravivent les tensions entre l’UE et la Russie.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le Premier ministre russe Dmitri Medvedev dos à dos face à la crise chypriote.
AFPLa Banque centrale européenne (BCE) a lancé jeudi le compte à rebours en annonçant qu'elle couperait lundi le robinet des liquidités aux banques chypriotes, faute d'accord acceptable entre Chypre et la troïka de ses bailleurs de fonds. Celle-ci comprend, outre la BCE, l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).
Les autorités chypriotes ont annoncé de leur côté avoir trouvé un accord pour un «plan B» écartant toute taxe sur les dépôts bancaires et la création d'un «fonds d'investissement de solidarité». Ils n'ont toutefois révélé aucun détail sur la façon dont il se financerait et les montants qu'il pourrait recueillir. «Un projet de législation est actuellement en préparation (...) qui sera présenté devant le conseil des ministres aujourd'hui, a indiqué le porte-parole du gouvernement Christos Stylianides.
Risque systémique
Une faillite ou une sortie de Chypre de la zone euro n'est plus taboue et pourrait déstabiliser l'ensemble de l'union monétaire, mettent en garde les responsables européens. Chypre présente «un risque systémique, et nous devons travailler à un programme qui mettra fin à ce risque», a déclaré jeudi le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.
Il s'est dit «prêt à tout faire pour garder le pays dans la zone euro», tout en rappelant la position très ferme de l'UE et du Fonds monétaire international (FMI) qui refusent de lui prêter plus de 10 milliards d'euros. Au sein des institutions européennes, le caractère systémique de Chypre ne fait pas de doute. "Une contagion est possible à d'autres pays, par l'intermédiaire des banques, vers la Grèce surtout", estime Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE).
Tension entre la Russie et l’UE
Alors que les discussions entre le ministre chypriote des Finances et Moscou restaient infructueuses en début de soirée à Moscou, la crise s'est trouvée au menu d'une réunion de deux jours du président de la Commission européenne José Manuel Barroso avec le gouvernement russe, prévue de longue date. À l'ouverture de la rencontre, le Premier ministre Dmitri Medvedev a qualifié d'"absurde" le plan de sauvetage européen proposé samedi à Chypre.
Cette idée, qui a été abandonnée par Nicosie dans la journée, avait provoqué la colère de Moscou en raison des milliards d'euros placés par les Russes sur l'île. José Manuel Barroso a assuré être «conscient des intérêts de la Russie». Mais il a aussi souligné se soucier «des conséquences (de la crise) pour les citoyens de Chypre». Il a rejeté les critiques des Russes, mécontents de n'avoir pas été informée à l'avance, soulignant que Bruxelles avait été «en consultations avec la Russie depuis un certain temps» sur le sujet.
(L’essentiel Online / AFP)
La crainte de l’effondrement bancaire
«Des rumeurs disent que la banque ne va plus jamais rouvrir. Je veux retirer autant de liquide que possible»: Phaedon Vassiliades fait la queue devant un distributeur automatique à Nicosie, inquiet comme beaucoup de Chypriotes d'un effondrement du système bancaire.
Sur l'île au bord de la faillite, les banques sont fermées et tous les virements sur internet impossibles depuis près d'une semaine, et ce au moins jusqu'à mardi. Les files d'attentes devant les distributeurs automatiques se sont particulièrement allongées jeudi.
«J'ai près de 60.000 euros d'économies dans cette banque (...) Je ne sais pas si je vais jamais pouvoir les récupérer», précise M. Vassiliades, fonctionnaire à la retraite en fauteuil roulant. Derrière lui, des hommes et des femmes attendent nerveusement pour retirer eux aussi le plus d'argent possible, pendant que les touristes les prennent en photo.