Maisons-relais gratuites: «Une promesse que les communes ne peuvent pas tenir»

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Maisons-relais gratuites«Une promesse que les communes ne peuvent pas tenir»

LUXEMBOURG – Avec la gratuité des maisons-relais effective dès la prochaine rentrée, les communes doivent s’attendre à un afflux de demandes de la part des parents. Les listes d’attente risquent fort de s’allonger.

Jean-François Colin
par
Jean-François Colin
Les listes d'attente des maisons-relais risquent de s'allonger.

Les listes d'attente des maisons-relais risquent de s'allonger.

Editpress

Avec 1 300 chaises disponibles dans les 14 structures d’éducation non formelle pour 3 200 enfants scolarisés, la commune d’Esch-sur-Alzette fait face à un déséquilibre. Un fossé que la gratuité de l’éducation non formelle, votée mardi à la Chambre et effective dès la rentrée 2022, devrait encore creuser davantage. «C’est un problème structurel», lance Christian Weis, échevin à l’Enseignement de la Métropole du Fer.

«Les listes d’attente existent depuis plusieurs années. Actuellement, cela concerne plusieurs centaines de personnes – certaines sources parlent de 500, ndlr -. Nous avons atteint la saturation. C’est une course que l’on ne peut pas gagner», insiste le responsable politique eschois.

Inaugurant mercredi la maison-relais Mathendahl à Niederkorn, le ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch, «est au courant de l’existence de listes d’attente dans plusieurs communes», sans les citer, car il estime que ce n’est pas à lui de «dire si certaines communes ont fait leur travail et d’autres pas».

Le ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch, inaugurant la maison-relais Mathendahl à Niederkorn.

Le ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch, inaugurant la maison-relais Mathendahl à Niederkorn.

Notant que «la fréquentation des structures d’éducation non formelle est en constante augmentation depuis 10-15 ans», Claude Meisch a «conscience que l’on est proche de la saturation, et que cette tendance à la hausse va se poursuivre, car on remarque que dès qu’une nouvelle structure ouvre ses portes, elle est très vite remplie», tout en escomptant «une stabilisation à un taux d’occupation de 80%».

Pour lui, il s’agit d’«un besoin sociétal présent dans beaucoup de familles». Il ne croit en tout cas pas à un «effet gratuité», car «si celle-ci va sûrement attirer l’un ou l’autre enfant supplémentaire, je ne crois pas que des parents présents à la maison et disponibles pour les devoirs à domicile vont soudain s’adresser aux maisons-relais parce que c’est gratuit».

Pour le ministre de l’Éducation nationale, la clé réside dans la création de nouvelles structures d’accueil. «J’encourage les administrations communales à prendre leurs responsabilités pour créer de nouvelles infrastructures. Certaines ont investi plus que d’autres dans ce domaine». Et de préciser : «il s’agit d’une mission communale, pas une mission de l’État.» Claude Meisch ajoute que «le gouvernement soutient financièrement les communes pour de telles créations».

Face à ces propos, Christian Weis fronce les sourcils. «C’est très bien d’avoir un soutien financier, clairement. Mais aucune commune ne vous dira que c’est là que le bât blesse, le problème est ailleurs». Et l’échevin eschois, soulagé de pouvoir compter 100 chaises supplémentaires dès la rentrée 2022 dans la Grand-Rue, puis 300 de plus à la rentrée 2023, de pointer le déficit d’infrastructures. Évoquant la gratuité du service, l’élu répond au ministre : «c’est facile d’offrir quelque chose qui n’existe pas, une promesse que les communes ne peuvent pas tenir».

A l’heure où les vacances d’été tendent les bras aux résidents, les responsables communaux de l’enseignement se projettent déjà vers une rentrée de septembre qui s’annonce tumultueuse. «De nombreuses réunions sont prévues pour s’y préparer et anticiper», clame Christian Weis.A Differdange aussi, où la saturation est proche dans les 7 maisons-relais de la commune, la bourgmestre, Christiane Brassel-Rausch insiste sur le fait que «gratuité ne veut pas dire obligation».

L’édile de la Cité du Fer entend informer ses administrés dès le mois d’août, via «une campagne destinée à informer les parents désireux de placer leur enfant en maison-relais et qui ne le faisaient pas avant des critères fixés par le règlement d’ordre interne et qui définissent comme prioritaires notamment les monoparentaux, les familles où les deux parents travaillent ou encore les enfants à besoin spécifique». Et de conclure que «bien sûr, les enfants de la commune de Differdange seront prioritaires».

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