Au VenezuelaVendre du contenu suggestif sur le Net pour survivre
Comme beaucoup d'autres, Valery Lopez a été tentée par l'exil. Aujourd'hui, elle a trouvé un moyen de survivre à la crise: elle vend les images de son corps dénudé sur Internet.

Valery Lopez prepares for a photoshoot to make content for her OnlyFans profile, in Caracas, on December 1, 2020. - Young Venezuelans use the English content subscription service OnlyFans to overcome the economic crisis. (Photo by Cristian HERNANDEZ / AFP)
AFP/Cristian Hernandez«Je voulais absolument quitter (le pays), car je ne vivais pas bien ici (...) Maintenant je veux rester au Venezuela grâce à Onlyfans!», raconte à l'AFP, Valery Lopez, 20 ans, qui affirme aimer dévoiler face caméra ses formes. Sur son profil, la jeune fille compte plus de 50 abonnés, pour la plupart des étrangers. Afin de recevoir des contenus exclusifs, chacun paie 10 dollars, soit six fois le salaire minimum au Venezuela.
Lancé en Grande-Bretagne en 2016, OnlyFans est une plateforme qui reverse 80% des abonnements perçus au créateur de contenu et garde les 20% restants. Le site se voulait à l'origine destiné aux célébrités et aux «influenceurs», mais s'est vite transformé en un centre de partage de contenus pour adultes. Grâce à ses nouveaux revenus, Valery Lopez dit pourvoir se payer ses «soins dentaires et acheter des vêtements». «Qui peut gagner entre 500 et 1 000 dollars par mois ici en ce moment? Personne!», lance-t-elle bravache.
Nombre de «Likes»
Le psychologue Abel Saraiba, également coordinateur d'une ONG qui s'occupe des droits des enfants et des adolescents au Venezuela, dit comprendre le cheminement qui pousse nombre de jeunes à utiliser leur corps pour gagner de l'argent.
«Est-ce qu'ils s'aventureraient sur des chemins aussi risqués s'ils avaient d'autres choix pour gagner de l'argent?», s'interroge-t-il.
S'il estime que cela est moins risqué que la prostitution, il met les jeunes Vénézuéliens en garde. «Ils ne réalisent pas qu'une fois qu'ils ont publié un contenu, ils peuvent en perdre le contrôle et que d'autres peuvent s'en emparer». Déjà, des vidéos d'OnlyFans ont été retrouvées sur des plateformes disponibles pour le grand public. Pour Valery Lopez, tout a commencé par une photo où elle apparaissait «totalement» nue sur Instagram. Au vu du nombre de «Likes» et de messages, elle y a vu une occasion de se faire un peu d'argent. «J'aime ça, j'aime surtout gagner de l'argent, c'est une combinaison parfaite», assure Valery.
90 millions d'abonnés
Son succès provient également du fait que ses «fans» croient qu'elle est mineure. «Ils pensent que je mens sur mon âge», dit en riant la jeune fille aux yeux verts, qui ne mesure qu'un mètre cinquante et se dessine parfois des taches de rousseur sur le visage. «Ils aiment me voir avec mon visage juvénile...».
Bien que ce ne soit pas le cas de Valery Lopez, un documentaire de la BBC diffusé l'an passé affirmait que des mineurs vendaient illégalement du contenu sur la plateforme qui avait vu le nombre de ses utilisateurs décupler pendant la pandémie de Covid-19.
OnlyFans a déclaré à l'AFP compter aujourd'hui 90 millions d'abonnés et plus d'un million de créateurs de contenus. En avril, le fondateur de ce site, Thomas Stokely, a reconnu auprès du média BuzzFeed que la moitié de ses créateurs produisaient du contenu pour adultes. Mais tous ne s'enrichissent pas.
(L'essentiel/afp)